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Turquie – Iran — 10/12/2004 au 13/01/2005

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Turquie Route Mausolée

La Turquie…

À l'heure d'écrire sur ce pays, une vague appréhension nous gagne. Est-il possible de décrire avec des mots ce changement de monde géographique mais aussi culturel ? Les grandes villes contemporaines possèdent toujours quelques caractéristiques en commun, mais déjà Istanbul avait quelque chose de différent.

Anatolie

La Turquie, c'est une porte ! C'est la porte de ce monde tant attendu où l'accueil devient chose naturelle, où notre voyage prends tout son sens. Combien de tchaïs (thés) avons-nous bus en bavardant avec nos quelques mots turcs et leur constante bonne humeur ? Nous avons rapidement renoncé à les comptabiliser… Très curieux, joviaux, fiers de leurs pays, avenants, les Turcs ont rendu agréable notre séjour dans leur pays, à des moments où il était parfois difficile de l'apprécier. Quelques noms : Ibrahim, Nedim, Ali, Ersin, Bayran, Djan, Mohammed, peu de noms de femmes, on y reviendra.

Camion-stop

La Turquie est immense. Nous n'avons parcouru qu'une faible distance sur son territoire si on la compare à son étendue, mais les paysages rencontrés, joliment montagneux, arides de steppes, plaines Anatolienne et érosion incroyable de la Cappadoce, demeurent un plaisir de diversité. En hiver, l'Est du pays est particulièrement exposé au froid et les -40°C annoncés d'Erzurum au Nord du pays, où nous devions retirer nos visas iraniens (finalement pris à Ankara), nous ont frigorifiés par la pensée… Nous étions bien heureux de traverser ces étendues froides et blanches en train !

Notre trajet en Turquie à la suite d'Istanbul est une sorte de boucle si l'on s'amuse à le tracer sur la carte, le noeud de la boucle se trouvant à Ankara. D'Istanbul, le ferry nous amène sur la côte asiatique et il traverse le détroit du Bosphore pour s'ammarer à Yalova. À travers de fatigantes collines, un paysage méditerranéen rempli d'oliviers nous transporte jusqu'au lac d'Iznik, et déjà pointe a l'horizon, au quatrième plan, de vastes montagnes enneigées. Le froid s'en mêle et l'arrivée à Eskichéhir est une mini-victoire sur le gel. Que faire pour passer rapidement la monotonie de la steppe sur plus de 300 kilomètres ? Du camion stop ! Avec nos vélos, quelle aventure; elle nous permet de rejoindre Ankara en un temps record… avec quelques pépins mécaniques : « les lingots de plombs qui tombent sur les roues, ça fait pas du bien  ! »

Mausolée Mevlana

Roulons maintenant sur la route de la soie, admirons les caravansérails qui la bordent. Quel honneur de pédaler sur cette ligne droite, perturbante, avec son histoire et le temps qui s'y écoule. Quel mythe que ce chemin porteur de tant de symbolisme et de richesses ! Les caravansérails, en plus ou moins bon état, restent tels des sentinelles pour garder la mémoire de ces caravanes qui parcouraient à pied des milliers de kilomètres.

Caravansérail 1 Caravansérail 2

Konya, Aksaray, Cappadoce, enfin, l'ivresse de la route nous prend. Du désert au tapis blanc, d'Ankara à l'Iran. Le bruit du train qui dévore les rails au travers des montagnes rappelle le monde ferroviaire du livre d'Emile Zola La Bête Humaine.

Cappadoce 1

Vous pensez peut-être que nous n'avons pas fait beaucoup de vélo… c'est en partie vrai. Nous avons décidé de prendre notre temps et de limiter les kilomètres dans des conditions difficiles pour le moral. Ainsi, pour découvrir correctement la Cappadoce, nous nous donnons une semaine car dans la neige et le froid, les kilomètres s'apparentent davantage à une corvée qu'à du plaisir. L'effort nous fait suer tandis que l'air glacial pénètre, tel un intrus, par les orifices de nos vêtements.

Un peu de narration pour vous décrire nos principales rencontres et découvertes.


Ankara ne mérite véritablement que quelques lignes : ville administrative qui semble jaillir de nulle part au beau milieu d'un désert, elle ne nous a accueillis que l'espace de deux jours pour obtenir nos visas iraniens. Nous n'en avons pas profité et un vélo de 50 kg demeure « un gros boulet » pour découvrir une telle ville… « Welcome occident  ! » semblaient vouloir dire les buldings du haut de leur trente étages. Où pointent les minarets si célèbres de Turquie  ?

Konya Derviches

Nous nous retrouvons à Konya par une coïncidence extraordinaire pendant la semaine du Mevlana, la plus importante de l'année pour ce berceau du soufisme. Le créateur de ce courant mystique s'appelle Mevhlavi, et la semaine du Mevlana comémore l'anniversaire de sa mort. Vous connaissez peut-être les derviches tourneurs de nom, on les nomme sémazens, ce sont des moines soufistes qui tentent de rencontrer Allah par la danse tourbillonnante qui caractérise leur culte. Les adeptes du soufisme se rassemblent dans des cérémonies appelées derghas, où la musique joue un rôle de guide, du doux son de la flûte en roseau à l'excitation des percussions. Les fidèles répètent inlassablement le nom d'Allah suivant les battements du cœur et cela donne lieu à des manifestations de transe collective impressionnantes ! Parfois une personne se lève et tente de tourbilloner autour d'un fil venant du ciel, qui passe par sa main gauche et qui vient se clouer sur le sol avec son pied qui reste immobile. Sa large robe blanche s'élève et rafraichît nos visages frôlants ce mouvement de tissu et d'air…

Cappadoce 2 Cappadoce 3

La Cappadoce tant attendue vaut sa renommée. Depuis combien de temps en parlions-nous ? Assez pour en espérer beaucoup. Nous commençons par quitter avec plaisir nos bicyclettes et prendre les sentiers de randonnées qui traversent des vallées aux noms étranges. La vallée des épées, des roses et des pigeons sont celles que nous avons explorées, le hasard étant notre seule guide. Selon nous, se perdre ainsi parmi les vallées est un des meilleurs moyens pour voyager, l'esprit libre de toute organisation, avec pour seule obligation celle de se remplir les yeux. Ce qui est extraordinaire dans cette région, c'est que hommes et nature se sont accordés pour réaliser au même endroit des choses incroyables. Ainsi, les cités souterraines, les églises encore peintes, les maisons, les granges, les pigeonniers, tous ces édifices troglodytes qui ont du demander tant de travail côtoient les cheminées de fée, les vallées multicolores : roses, orangées, rouges, jaunes et jaunâtres, vertes même parfois ; et les pitons les plus improbables. Dans la vallée d'Ihlara, nous nous sommes amusés à explorer quelques maisons dont on ne sait jamais jusqu'où elles vont monter, à Guzelyurt, cités souterraines et villages encore à moitié trogoldyte nous ont charmé malgré le temps poisseux, et à Göreme nous avons stationné une petite semaine pour troquer les vélos contre des randonnées.

Cappadoce 4

Göreme est un peu le centre de la Cappadoce et nous y avons rencontré beaucoup de personnes du voyage, en stop, en bus, en train, ou encore à vélo comme nous. Des voyageurs au plus au moins long cours, avec leurs histoires à raconter, leurs conseils, leur morale, leur esprit d'aventure. On aime à se sentir sur la même longueur d'onde, à se dire que sans voyage, nous n'aurions pas découvert ces autres richesses.

Cappadoce 5
Lac de Van

Nous revenons à Ankara pour prendre nos visas pour l'Iran ainsi que le train pour ce même pays. Arrivé au lac de Van, comme un jeu de lego géant, le train dépose son wagon de marchandise sur le ferry, les passagers descendent pour une croisière de cinq heures et à l'autre bout du lac, un train iranien vient prendre livraison de ses passagers. En 48 heures, nous traversons des paysages immaculés, des montagnes effrayantes et une frontière bien gardée pour rejoindre ce pays qui est pour nous l'étranger lointain, l'inconnu encore plus profond : l'Iran.

Que de choses sont dites sur ce pays, que de choses fausses et regrettables. Première ville : Tabriz, ses trois kilomètres de bazar, ses habitants attentionnés, sa circulation anarchique, son alphabet arabe, sa capacité à nous faire changer de monde. Des mausolées déjà magnifiques, colorés de faïences en leur intérieur et leur extérieur, avec ces dômes si caractéristiques en forme de poires, et ces porches immenses… une plongée dans l'islam toute différente de la Turquie.

Quotidien Iran 1

Ici, les femmes sont toutes voilées, elles n'ont pas le choix. Elles ont des places réservées dans des bus, dans les mosquées, ça, c'est vrai ! Quelle position adopter, nous Européens, vis-à-vis de cet extrêmisme, et même vis-à-vis de la position moins inégalitaire de la femme en Turquie ? Avons-nous le droit de juger ? Il faudra en reparler avec davantage d'expérience. Il est très difficile à la fois de se détacher de ses références (occidentales par exemple) et de ne pas perdre son intégrité.

Narghilé

À Tabriz, nouvelle rencontre génératrice, Roro : Roland et Romana, deux Autrichiens avec qui nous allons passer des moments plus qu'enrichissants, fondateurs. Ils se sont mariés il y a six mois, voyagent depuis cinq mois dans leur minibus orange flash. Ils ont réalisé ce dont tant de personnes rêvent : tout vendre et partir, pour on ne sait où. C'est un rêve illustrable par ce vers de Baudelaire :

« Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent
Et sans savoir pourquoi, disent toujours “Allons !” »

Minibus autrichien

Nous chargeons nos vélos sur leur monture à eux, pour quelques jours pleins de partage en direction de Téhéran.

Quotidien Iran 2

À quelque quarante kilomètres de ces douze millions d'habitants, nous ne trouvons rien de mieux que de nous perdre… nous mettrons une journée à nous retrouver grâce à tonton Internet !

Les premiers pas dans ce chaudron urbain sont tels une bataille de chaque seconde contre ces chars, les paykans blanches et vieillissantes de la capitale. Ce flux constant d'automobiles qui déferle des artères blanches, bruyantes et polluées de Téhéran ensevelit la joie de pédaler. Une gaine de buildings nous entoure; quelques figures sortent des murs, l'ayatollah Khomeini, l'ancien guide suprême Khameini… Sur un autre immeuble, le drapeau américain symbolise la haine et la destruction, ses étoiles remplacées par des têtes de morts et ses bandes rouges qui s'achèvent en une série de bombes. À l'image d'Istanbul, Téhéran se détache du pays par sa modernité, hormis le voile, les jeunes femmes sont habillées comme pourraient l'être des françaises.

Téhéran Tombeau Façade Mosquée

Ici la semaine commence le samedi, car le vendredi est le jour sacré des musulmans, nous décalons notre rythme pour jongler entre école française, ambassade de France, d'Inde et du Pakistan afin d'obtenir les documents nécessaires à l'obtention des visas. Ces détails ne sont pas très intéressants pour vous mais sachez que nous perdons tout de même dix jours pour ces formalités administratives, et cela replonge les rêveurs que nous désirons rester dans un bain de réalité. Heureusement, il neige et c'est joli. De plus, nos petites présentations à l'école française de Téhéran nous procurent beaucoup de plaisir, des enfants aux multiples nationalités (plus de 25), très curieux et intéressés nous reçoivent avec joie.

Signes farsis Minibus nuit Visa

Prochainement, nous désirons rejoindre Ispahan la magnifique puis le sud, avec Shiraz et Persépolis. Le Pakistan nous attends également, nous ferons attention c'est promis !

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Dernière mise à jour le 11/06/06.
« Il faut que la pensée voyage et contemple, si l'on veut que le corps soit bien. » (Alain)