Titre Vélo


Retour à la carte

Vérone – Budapest — 19/10/2004 au 30/10/2004

Palladio

Après Vérone, nous voilà à Vicence. Cette ville fut marquée à la Renaissance par le travail de l'architecte Palladio, auteur notamment des plans de la Villa Capra (la Rotonda) et du théâtre olympique, dont le travail dans les perspectives donne au spectateur l'impression d'une scène immensément profonde. On reconnaît dans certains bâtiments l'influence vénitienne, nous sommes passés en Vénétie ! Encore des places au charme latent, parfaites dans leur unité et leur capacité à nous faire voyager… dans le temps.


Nous décidons de prendre le train pour avancer un peu plus vite, car nous sommes le 19 octobre et le 28 du même mois, nous devons être à Budapest pour retrouver trois amis du Mans… Difficile dans ces conditions de concilier rapidité et découverte des pays traversés : nous décidons de privilégier la rencontre face au sport. Malheureusement (ou heureusement ?), pour notre première fois en train, nous ratons l'arrêt à Mestre et nous retrouvons… à Venise ! Quelle surprise ! Nous avons le temps d'admirer quelques palais et de regretter de ne pas pouvoir en faire davantage avant de reprendre nos destriers… puis le train, pour Gorizia, ville frontière avec la Slovénie. C'est étrange d'aller si vite !

Venise 2

Nous profitons de nos derniers instants en Italie pour adapter nos vélos aux difficultés que nous rencontrerons, en les dotant de pédaliers aux développements plus adaptés : 50 kilos, c'est lourd à porter dans les montées. Les pièces sont là, les mécaniciens disponibles, c'est génial ! Les capacités de moulinage nous changeront la vie dans les cols slovènes.

Nous passons la frontière de nuit, premiers douaniers, premiers contrôles, premiers tampons, premiers kilomètres dans cet Est… Le poste frontière est une porte que nous n'avions pas eue en Italie, et cette frontière qui n'existe pourtant que dans les esprits humains a besoin de se matérialiser pour nous faire réaliser que nous changeons de pays.

Skoda
Songe

La Slovénie semble un pays de transition. Le niveau de vie apparent, les prix, l'appartenance à l'Union Européenne, tout cela la rapproche assez de ses voisines italienne et autrichienne. Mais il y a d'autre choses qui nous rapprochent davantage de l'est qu'on s'imagine : les paysages ruraux, les vieilles voitures (beaucoup de Skoda !), la langue. Si vous prenez une carte de Slovénie, vous remarquerez qu'une énorme partie du territoire est recouverte de forêts et que le pays est assez montagneux. Nous le traversons en automne et ne le regrettons pas. Après les Alpes, ces « montagnettes » couvertes de forêts pleines de couleurs chaudes finissent de nous attacher définitivement au relief, qui demande des efforts mais remercie de la plus belle façon ceux qui se sont attaqués a la montagne. Ici, nous ne sommes pas montés pas au-dessus de 1 000 mètres, mais l'effort fut plus intense que dans les Alpes : certaines routes ne sont pas bitumées, mais simplement constituées de cailloux, comme certaines pistes blanches que vous connaissez peut-être en France, et les pentes sont rudes.


Slovénie

Mais en contrepartie, nous sommes seuls, roulons en forêt, jouons avec les nuages, roulons sur des chemins de crêtes et sommes entourés du plus beau panel de teints orange qui soit. Ces grands hêtres, tilleuls, bouleaux, sont vraiment majestueux dans ces habits, et les sapins font sortir leurs têtes pointues et sombres de cette palette vivante, comme des étalons pour juger des plus belles parures. Le temps, toujours, est au rendez-vous, nous roulons court vêtus… fin octobre.


Une autre bonne surprise de Slovénie est sa population. D'une part, elle parle anglais même dans les plus petites villes. D'autre part, et pour ce que nous en avons vu, les habitants sont très sympathiques et accueillants. À Ziri, Iztok nous invite chez lui et prend sa journée de congé avec sa femme pour nous faire découvrir sa ville puis Ljubljana, où sa femme Maria a étudié. C'est un peu un départ en vacances, nous avons mis nos douze sacoches dans le coffre et les vélos sur le toit pour la première journée pluvieuse du voyage ! C'est agréable de rouler comme ça. Ljubljana (prononcer Lublana) est une ville de 270 000 habitants, mais reste une capitale, avec ambassade et château. Il n'y a pas vraiment d'unité dans l'architecture de la ville, et peu de bâtiments historiques. Nous visitons le centre rapidement.

Musique Ljubljana

Grange

Après Celje (est de la Slovénie), nous trouvons une de nos meilleures places pour la nuit : le paysan qui nous montre sa grange remplie de foin n'en revient pas que nous en soyons aussi contents ! Là encore, nous rencontrons une famille avec qui des liens se créent assez vite. Dora, une étudiante de notre âge, nous explique l'histoire compliquée de l'ex-Yougoslavie, et nous apprenons que la Slovénie n'existe que depuis une dizaine d'années. C'est un pays sans histoire ancienne, tout petit, autant d'habitants que dans Paris intra-muros ! La soirée est fantastique, nous rions autour d'une poêlée de châtaignes rôties en buvant notre thé de la montagne. À notre départ, la grand-mère, en Slovénie, veut nous marier à sa petite fille. On finit d'abord notre voyage, après on voit…

Slovénie 2

Ce que nous avons apprécie en Slovénie, c'est ce mélange d'authenticité et de modernité des gens, qui vivent souvent dans des maisons qu'ils construisent eux-mêmes, et aiment à s'occuper leur jardin (à la campagne chaque maison en a un et pour ce que nous en avons vu, ils sont productifs !).

Après encore une journée fantastique, nous quittons la Slovénie pour deux jours de Croatie. Un peu moins boisée, un peu moins propre, les gens ont peur de nous. Varazdin est une jolie ville, mais nous restons sous le charme slovène. Les gens vendent leurs choux à leur porte par sacs de 30 kg !

Puis, en deux jours, nous traversons notre seconde frontière, et entrons en pays hongrois. La langue devient encore plus incompréhensible, et l'ambiance change un peu avec les paysages qui s'aplanissent pour devenir des plaines pleines de maïs. Et puis, c'est l'arrivée au lac Balaton. La ville de Keszthely est vraiment comme une station balnéaire, entièrement dévouée au touriste (souvent allemand : Zimmer frei, chambre libre, est affiché sur la moitié des maisons croisées en arrivant !). La piste cyclable que nous empruntons le lendemain nous fait voir la côte de ce lac dont on ne peut voir l'autre rive. L'horizon y est flou comme un océan ; les Hongrois n'ont pas la mer, ils ont le Balaton ! Dans le brouillard matinal, les installations touristiques sont comme des fantômes du passé, dans le temps cotonneux où nous arrivons tout est désert et tout semble suranné… Étrange de se sentir spectateur. Un instant magique le long de ce lac : dans un village perdu parmi les vignes (le fameux vin hongrois), une dame âgée nous accueille comme ses petits-fils pour un midi, est-ce nos grands-mères qui nous manquent ? Nous sommes touchés par sa joie de nous voir chez elle, c'est même elle qui nous remercie d'être là !

Fog
Balaton

Château 2

Dernier bout en train de Balatonfured jusqu'à « la perle du Danube », Budapest. L'arrivée est grandiose, en train nous n'avons pas à visiter les banlieues avant le centre, et nous sommes tout de suite accueillis par la magnificence du château et les lumières des ponts sur le fleuve le plus long d'Europe, le Danube. Notre chance est à nouveau extraordinaire : à 21h45, nous trouvons deux jeunes Allemandes charmantes à leur balcon, Lyoba et Vanessa, qui nous offrent le coucher. Elles étudient la médecine avec d'autres Allemands à Budapest, et ça fait plaisir d'être introduits par elles dans la vie étudiante de cette grande capitale, de rencontrer des gens très sympathiques, de danser aussi.

Vous aurez compris que ce séjour à Budapest se passe pour le mieux quand vous saurez en plus que Charles, Hélène et Ségolène, trois amis de Foucauld, du Mans, nous ont rejoints pour quelques heures de rires, visites et balades dans cette ville faste. La visite approfondie des bains notamment, ces derniers constituent un endroit assez exceptionnel de convivialité et de soin du corps… À importer absolument, vu le bien procuré.

Bain 2

Grâce à l'ami d'une de nos deux Allemandes, nous trouvons ensuite à dormir chez une famille hongroise dont la mère est professeur de français et anglais. Nous parlons de l'époque du communisme, récente et vécue par eux-mêmes. Impressionnant ce système, dans notre vie de liberté !

Nous nous apprêtons à repartir vers la Hongrie du sud, après moult heures passées dans le faste de l'ancien empire austro-hongrois.

Retour à la carte


Dernière mise à jour le 11/06/06.
« Il faut que la pensée voyage et contemple, si l'on veut que le corps soit bien. » (Alain)