Titre Vélo


Retour à la carte

Pakistan – Inde — 04/02/2005 au 18/02/2005

PakistanInde01 PakistanInde02

Nous plongeons dans un nouveau pays musulman. Malgré cette constance dans la religion, changement de décor. Après une traversée nocturne du Balouchistan nous stationnons quelques jours à Quetta pour découvrir, déjà, à quel point la culture pakistanaise diffère selon les régions qui possèdent chacune leur propre langue, culture, mentalité. La découverte du pays subit la pression du visa que nous avons obtenu à Téhéran, seulement long de quinze jours: nous parcourrons mille kilomètres en treize jours sur un gruyère routier…

Les jours se ressemblent plus qu'auparavant, avec une campagne constante dans sa beauté, son absence de relief, ses habitants. PakistanInde03 Très vaste, avec de grands champs de céréales et des canaux d'irrigations, elle offre également à nos yeux arbres fruitiers (mandarines, poires à goût de fraise, birs (petit fruit local, sorte de mini-pomme), mangue et bananiers) et gestes particuliers (paniers sur la tête, poulet égorgé devant le client pour lui prouver sa fraîcheur…). PakistanInde04 Une nuit passée dans un village nous emmène le lendemain dans une de ces plantations, qui ressemble à un jardin d'Eden… Cette verdure persistante nous manquait tant en Iran, où elle n'existait que par bribes, par taches ne s'écrivant avec poésie que dans des oasis perdues. Ici, enfin, elle reprend ses droits !

Mais il faut rouler, encore et toujours, et lorsque l'on ne s'arrête pas pour profiter de ce(ux) qui nous entoure(nt), c'est aussi fatigant que frustrant. PakistanInde05 La reprise sportive se révèle difficile car certaines routes ne méritent même pas leurs noms, tandis que la traversée des villages repeint systématiquement nos vélos et nos jambes couleur boue. Creux, ornières, bosses et graviers ralentissent la progression de nos destriers, moins fougueux pour le coup. Les camions lentissimes enfument l'unique rue praticable et l'emplissent de leurs klaxons polyphoniques, personne ne regarde dans ses rétroviseurs, il faut faire attention à tout, tout le temps ! Une pluie diluvienne nous offre également la journée la plus humide du voyage, avec une arrivée victorieuse dans une mer de vase. À cette occasion, le spectacle des villages inondés est remarquable.

PakistanInde06

Le Pakistan, c'est aussi la découverte d'un coktail particulièrement conservateur de religion et de culture qui rend la condition de la femme parfois difficile à accepter. PakistanInde07 Nous nous posons sans cesse la question de savoir si nous pouvons juger avec nos valeurs européennes, à savoir si la liberté est une valeur occidentale. Quand on se retrouve dans des situations extrêmes, avec une région où la femme doit rester chez elle jusqu'à son mariage, où seuls les membres de la famille proche peuvent communiquer avec elle, on finit par se donner des droits à critiquer, les traditions n'excusent pas tout, et surtout pas cet emprisonnement.

PakistanInde08

En tout bien tout honneur, depuis la Turquie, les femmes nous manquent. Est-ce l'islam qui les met à l'écart ? Est-ce la culture, les coutumes, l'histoire du pays ? Beaucoup de questions sur notre vision de la chose. En effet, un sourire de femme sur la route en dix jours, cela fait réellement étrange. Jeu de cache-cache, où chacun ne doit regarder l'autre qu'avec discrétion…

PakistanInde09

Le Pakistan constitue un changement de monde par sa population. Curieuse à l'excès, des dizaines de personnes s'amassent autour de nos vélos au moindre arrêt, dans un silence aux grands yeux où l'on sent la curiosité, la surprise, l'attrait de la moindre nouveauté. Amusantes, puis fatigantes et finalement franchement lassantes, ces situations se répètent même sur la route, où chaque conducteur de moto, charrette, vélo se transforme en spectateur. On se sent comme des animaux exotiques. PakistanInde10 Nous finissons par nous cacher à l'abri du bruit et des regards, derrière des arbres ou un champ de canne à sucre : un havre de paix pour nos oreilles et nos esprits. Pour autant, les personnes rencontrées se révèlent souvent très accueillantes et sympathiques pour ces étrangers (que l'on devine rares), mais l'absence de communication (les habitants parlent l'ourdou et le langage de leur région, pas l'anglais !) casse cette envie de découvrir. PakistanInde11 Comment réagir face à ces gens qui nous oppressent mais finalement ne demandent rien ? Là aussi, vaste débat. Nous nous sentons réellement étrangers, pour la première fois du voyage, devant ces visages souvent figés et ces regards ronds.

Une découverte qui pose moins de questions est celle de la faune avec des animaux exotiques et ruraux : dromadaires, buffles, ânes, zébus, mules et troupeaux de chèvres et de vaches peuplent la route, bêtes de somme tirant charrettes, broutant leur foin ou regardant tout simplement les passants passer. PakistanInde12 Dans la campagne, il y a plus de charrettes que de voitures et nous sommes réellement impressionnés de voir cette cohabitation entre hommes et bêtes jusque dans les villes. Notre quinzaine éprouvante et donc instructive au Pakistan s'achève sur l'arrivée dans Lahore, ville dantesque de huit millions d'habitants. Nous nous en échappons le lendemain après une soirée chez un pasteur anglican qui répond à nos questions angoissées dans un anglais parfait. Le révérend Rana officie pour une minorité dans un pays à 98% musulman, dans un pays qu'il dit tolérant.

PakistanInde13

Que répondre à la question que vous vous posez sûrement « le Pakistan est-il dangereux ? » ? Pour des cyclistes, la route ressemble à une jungle dont le roi est le bus furieux et coloré d'où les gens débordent. Des hommes assis sur le toit, les vêtements claquant au vent en sont les cavaliers. PakistanInde14 La poussière nous a peut-être aveuglés face aux problèmes que nous n'avons pas eu, mais plus qu'ailleurs nous nous sommes sentis entourés et protégés, plus qu'ailleurs nous n'avons craint personne. La police a joué un rôle, deux jours d'escorte à éviter les habitants et à dormir avec elle ne nous ont donné que plus envie de dormir dans les petits villages, déclarés comme dangereux où vivent des gens pauvres déclarés terroristes par la police. Pourquoi décrire cette histoire sans importance ? Simplement pour dire le ras-le-bol qui nous prend tous les deux. Partout nous devinons des personnes qui en craignent d'autres quand elles feraient mieux de les rencontrer. Le danger est plus que localisé ici…

PakistanInde15

L'amertume de la route que nous avons prise ne doit pas être prise contre les Pakistanais, ils sont si beaux avec leurs turbans enroulés et leur tunique ample ! Seulement, le Pakistan est de très loin différent de ce à quoi l'on pouvait s'attendre et il est le pays qui nous a le plus interpelés avec sa vie quotidienne difficile mais pleine d'enseignement : nous sommes heureux de l'avoir bravé.

PakistanInde16

Le passage de la frontière nous délivre d'un monde uniquement masculin, on se sent libre, enfin ! Nous retrouvons le sourire des femmes et quelques paroles d'elles. Une délégation diplomato-universitaire franco-allemande patiente comme nous à la frontière. Pique-nique face à la douane pakistanaise avec deux globe-trotters coréens et puis… Ça y est, premiers tours de roues dans la plus grande démocratie du monde, demi-but de notre voyage.

Premier point de chute : le Golden Temple d'Amritsar, haut lieu de culte sikh qui nous offre, comme à tout demandeur, le coucher et le manger. Le turban et le poignard, symbole de cette religion méconnue, sont reconnaissables dans toutes les rues.

Un nouveau dépaysement et déjà, la danse des couleurs qui se met en place…

PakistanInde17 PakistanInde18

Retour à la carte

Dernière mise à jour le 11/06/06.
« Il faut que la pensée voyage et contemple, si l'on veut que le corps soit bien. » (Alain)