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Lisbonne – Le Mans, dernière ligne droite, dernier chapitre de notre histoire — 05/07/2005 au 17/07/2005

Vélos Vélos sur champ de blé

Au loin, perchées sur les collines, de grandes ailes d'éoliennes tournent pour éclairer la capitale portugaise. Première vue depuis le plus long pont d'Europe sur la ville vallonnée qui nous accueille à bras ouverts. Bientôt, tous les deux assis sur une place chaleureuse qui domine le Tage, nous redécouvrons la bonne bière fraîche en compagnie d'un soleil couchant… et de quelques fraises. Plaisir du moment et de la première gorgée de bière qui vous pique la gorge.

Comme toujours et depuis maintenant des mois, nous ne pouvons guère vous décrire ce que nous avons visité, puisque notre priorité consistait à s'immerger dans la vie locale en se perdant dans les quartiers populaires, en suivant les traces du tram, en prenant notre temps tout simplement. Voyager sans guide, c'est aussi cela : prendre le risque de passer à côté de beaux musées ou expositions, mais se sentir tellement plus libre dans les lieux qui nous appellent. Depuis longtemps, nous nous disons en effet qu'il y a souvent une ville touristique et une ville populaire et que, tout compte fait, découvrir les deux est le meilleur moyen pour se faire une idée réelle du caractère d'une cité. En regardant partout, en restant ouvert aux gens.

Bateaux

Partons donc à sa rencontre.

Sourires dessinés sur des visages sereins ; ruelles cachant le tram jaune ou bien rouge ou bien vert encore ; vieillesse assise avec calme, sur un banc, sous un arbre, entouré d'air étouffant ; jeunesse vêtue dans les vacances, de grosses lunettes posées sur le visage, jupe, sandales… Ces vêtements décrits sont finalement les mêmes qu'en France, étrange de retrouver toute cette liberté d'un seul coup après un Maroc qui cache encore beaucoup ses femmes.

Lisbonne

La journée, le ciel répand sa teinte bleue entre les ruelles serrées du château, les vêtements étendus aux balcons sur un fil battant au vent, la faïence des azulejos, petits carreaux, éclate de brillance, la vague de silence et de calme dans les rues s'accentue avec la chaleur du zénith.

Métro à Lisbonne

Le soir, les premiers restaurants de Bairo Alto — le « haut quartier » touristique de Lisbonne — allument leurs bougies, leurs barbecues ; tandis que les bars s'illuminent de mille et une ambiances. Les amoureux romantiques se tiennent par la main et gravissent les nombreuses marches de la ville jusqu'à trouver l'endroit à leur goût. Attablés souvent sur une terrasse, ils s'adonnent aux joies du Porto et de la gastronomie portugaise, heureux, et les yeux dans les yeux… Vers minuit, l'ambiance commence à renverser les bouteilles de bière sur la route, et ceci jusqu'à très tard dans la nuit. Folle jeunesse, jeunesse folle !

Myriam

Le gros problème d'une ville si collineuse réside dans le fait que les personnes ne s'amusent pas à souffrir en vélo, et qu'il n'existe donc pour ainsi dire aucun réparateur à vélo dans cette capitale. Une roue arrière à réparer relève alors du parcours du combattant. Une fois de plus, la chance vient nous aider pour une réparation finalement réussie.

Quartier de Lisbonne

À peine remis en selle, nous filons vers Coimbra pour retrouver une amie française qui y étudie, Myriam. Comiquement ou malheureusement, lorsque l'on voyage depuis longtemps nous ne nous rythmons plus avec les heures ni avec les dates et encore moins avec les jours ; c'est ainsi que nous arrivons au rendez vous avec un jour de retard ! Coimbra est une ville étudiante dont les étudiants étrangers peuvent profiter par le biais du programme d'échange européen Erasmus.

Jeune fille souriante

Encore une pause pour nous balader, boire quelques bières et découvrir la jeunesse de là-bas. La maison où nous logeons est assez fantastique, elle a l'image de celle du film L'auberge espagnole avec des Belges, Espagnols, Italiens et une Française. Étape très agréable qui donnait envie de rester un peu plus longtemps… Mais voilà, depuis peu, nous nous référons à la date où nous devons arriver à Angers.

Photo 9

Faire du vélo au Portugal, c'est un peu comme si l'on mélangeait un brin de paradis dans une soucoupe d'enfer. Le brin s'imagine par les paysages que nous longeons, la soucoupe par le vent qui nous fait face, la chaleur qui nous étourdit, le relief chaotique qui ne donne aucun rythme régulier, la route trop neuve et trop large, sans intérêt pour des cyclotouristes.

Heureusement, les fins de journées se concrétisent par des endroits idéaux pour camper et trouver tout le bonheur de dormir à la belle étoile, seuls avec nos étoiles, à méditer nos presque derniers kilomètres.

Clocher

Nous remontons ainsi jusqu'au nord du Portugal. Ville étape : Bragança. Depuis longtemps nous n'avons pas sonné pour demander l'hospitalité : en tentant à la porte d'un presbytère, nous tombons sur… l'évêché. On voit de plus en plus grand !

Casque rouge

Après tous les bons soins prodigués par l'évêque de cette ville, nous nous sentons prêts pour retrouver le car et arriver sous peu en France.

Depuis le car, un pincement au cœur, celui de ne pas passer la frontière française à vélo et de ne pas la vivre pleinement. Pour retrouver quoi de l'autre côté ? Du camembert, et du saucisson. Enfin !

Charles dans le cadre

Bayonne, le 10 juillet, 2h. « Vite ! Il faut trouver un parc où finir la nuit car une dure journée nous attend demain. » En pleine ville, un carré de pelouse silencieux et à l'abri des regards nous tend la main. Des choses inimaginables en début de voyage.

Nous avions choisi de privilégier le bord de mer pour rentrer, finalement nous traçons le trajet du retour en deux étapes : Bayonne – La Rochelle, trois jours ; La Rochelle – Angers, un jour et demi.

Le pays basque et ses airs de pelote, la forêt landaise, puis la traversée du bassin d'Arcachon et de l'estuaire de la Gironde par le bac… La Rochelle n'est plus très loin désormais.

Chemin

Pendant cette remontée, les kilomètres restants pour arriver s'égrènent au fil de la journée, un peu à la manière d'un Tibétain qui se concentre pour faire bouger la dernière bille de son chapelet et ainsi finir la boucle. Cette sensation de « il ne nous reste plus qu'une petite poignée de centaines de kilomètres pour redécouvrir ce que nous avons laissé dix mois auparavant » se révèle être à la fois succulente et marquante.

Au bord de la route

Le soir, la mer nous accueille avec ses grosses vagues qui nous massent et nous enlèvent la sueur de la journée. Trois jours passés à dormir près des dunes sous la pinède, merveilleux, une petite retraite spirituelle quotidienne, en ermites, en vieux couple… En dix mois, nous n'avons pas perdu la langue et en apprenons sans cesse et toujours l'un de l'autre.

Plongée

L'arrivée à La Rochelle s'avère être plus mouvementée que ce que nous avions imaginé, les Francofolies nous accueillent elles aussi pour passer une soirée agréable en forme de clin d'œil pour notre dernière famille d'accueil. Un couple charmant qui nous propose l'apéro puis le repas puis le camping dans leur jardin… et c'est ainsi que nous nous endormons avec Mano Solo qui chante notre berceuse pour ce soir. C'était agréable de trouver des gens qui comprenaient ce voyage pour l'avoir un peu vécu : eux avaient roulé en 2 CV-combi jusqu'en Inde, au temps où l'Iran et l'Afghanistan n'étaient ni effrayant ni dangereux.

Banc public

Un jour et demi encore. Non ! Il ne reste plus qu'un jour et demi à être tous les deux, à vivre notre aventure enchanteresse. Quelques derniers sourires dans le rétro du vélo, quelques dernières prises de vent de notre part pour reposer l'autre… Quelques heures pour réaliser que nous sommes à la fin de notre boucle, quelques kilomètres pour nous dire au revoir, et quelques dernières étoiles filantes pour nous faire à nouveau rêver…

À Angers

Angers, 14 juillet. Après une agréable journée passée avec Laure, une amie qui nous montre « la douceur angevine », nous retrouvons au rendez-vous de la gare nos amis courageux, Coco, Charles et Ségogo, qui se joignent à nous pour l'étape Angers – Montfort-le-Gesnois sur deux jours. Le vent nous pousse enfin ! La découverte de la campagne sarthoise se fait avec plaisir, villages aux clochers pointus, routes communales désertes… et pêcheurs du dimanche ! Pédaler ainsi, avec ses amis, fut un plaisir.

Photo 17

Revenir à Montfort, passer une nouvelle soirée avec nos amis et notre famille, reconnaître un lieu. Le pont est toujours là, l'eau s'y écoule toujours.

Une petite quinzaine de cyclistes viennent se mêler à nous pour la petite vingtaine de kilomètres restante, étape au col de la Vallée Saint-Blaise. Il faut bien faire partager nos efforts de ces derniers dix mois!

À la plage

Tout à coup, au loin, une pancarte ! « Le Mans ». Notre cœur se resserre certainement, nos pensées sont éparpillées dans les quatre coins de notre route… mais nos pieds pédalent encore. Nous effectuons dans un « 72 » tant désiré, grace à la communale 8, le retour au berceau natal.

Rue

Nous deux, côte à côte, retrouvons l'inscription de la rue Henri Tessier, celle qui signifie désormais : « Nous sommes de retour ! », « Le rêve est réalisé ! ».

Nous sommes attendus par un petit groupe de personnes qui nous « flashouillent » dans un moment peu ordinaire. Émotion du moment que de resserrer dans ses bras les personnes que l'on aime. Et puis, la même chanson qu'au départ s'évade de la bouche de Marie, cette fois s'accompagnant de pensées bien différentes. Pensées tournées vers le passé ou bien le présent, non plus vers le futur. Les larmes ne sortent pas, mais l'atmosphère est étrange… « Dis-moi ces dix mois… »

Marchande de melons

Alors, comment conclure ce périple ?

Route

Peut être que la meilleure façon est de vous écrire un poème ? Imaginez-vous que nous sommes en train de vous le lire. Vous devant nous. Vous, toujours à nos côtés.

Et pourquoi donc partir ? Mais pourquoi une raison ?
Pour les choses à venir, découvrir des passions
Le passé est acquis, le futur à venir
Papa, Maman merci, il faut se découvrir

Mettons nos peurs à nu, elles cachent nos envies
Je te crains, tu me crains, vous vous craignez aussi
Mais pourquoi mon ami ? Je viens pour te parler,
Traverser ton pays, savoir qui tu es

Reçu comme des rois au pays étranger
Nous dormons sous un toit, chez toi hospitalier
Ton ordinaire pour nous est l'extraordinaire
Pour cela le vélo se révèle un bol d'air

Pluie, neige, vent, canicule, terre, boue, sable et gravier
Animaient cette route vers l'ailleurs désiré
Si longtemps chevauchés nos vélos compagnons
On gravit vaillamment ces vallées et ces monts

Le voyage prend son sens lorsqu'il a un retour
Mais lorsque l'on voyage, on se sent plein d'amour,
Pour vous pour ces rencontres d'un jour ou bien d'une heure
Malgré tous les efforts, malgré toutes nos humeurs

Souvenir souvenir, comme un mot te réduit
Comment vous dire ces mois ? Une réponse : un sourire
Toi et moi c'est un nous c'est une tranche de vie
Apprendre à vivre ensemble : un défi réussi

Foucauld sur la route

Poème composé à deux à l'occasion de notre retour, en forme de discours.

Voilà, des choses difficiles à partager, comme vous pouver l'imaginer, nou espérons avoir un peu partagé ce voyage, dans son aspect rêveur et aventureux, mais aussi pour ce qui est de la recherche intérieure et des moments moins évidents. Pour nous, c'est quelque chose d'irregrettable, dont on ne peut dire clairement ce qu'il a apporté, mais qui nous a rendus… moins « folle jeunesse ».

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Dernière mise à jour le 11/06/06.
« Il faut que la pensée voyage et contemple, si l'on veut que le corps soit bien. » (Alain)